Article paru dans la revue de la céramique et du verre, de juillet 2013, signé Marielle Ernould-Gandouet

Elle réalise des tableaux de verre. Leur surface miroitante est modelée d’un frémissement ténu qui rappelle celui de la mer, lorsqu’elle se hâte de disparaître dans le sable. Dans ce remou, s’agitent des formes imprécises, fardées de brillance, des fils d’or ondoyants, flottant librement. Des petites notes rouges s’imposent gaiement dans cette poésie bleutée, où se mêle parfois quelque résidu incongru, comme seule la mer peut en offrir, poétisés dans sa lumière comme ils le sont ici dans celle du verre. Qu’importe ? Les œuvres de Sonia Costa peuvent garder l’innocence d’un monde qui vient de naître.

D’autres sont plus graves, comme ces compositions abstraites structurées, jouant souvent sur le carré. Ici, les stries de verre, au relief fortement souligné de rouge sombre, s’étirent l’une après de l’autre. Sous la vibration irrégulière, l’effet nuageux d’un dépôt coloré varie du gris au noir. La préciosité d’une feuille d’or intervient, telle une misssive jalousement protégée. L’ombre de toutes ces présences se projette sur la plaque de verre translucide qui sert de fond à cet ensemble, le dépassant largement. Là encore, joue la présence incongrue et sinueuse d’un fil de métal, qui s’allonge, cheminement insolent, dépassant toute limite.

Sur une plaque de verre, Sonia Costa pose ses poudres colorées, ses fils de métal, ses feuilles d’or, ce bicarbonate qui créera des bulles, et crée une alchimie poétique en passant le tout au feu.

Peut-être Sonia Costa a-t-elle choisi le verre pour retrouver ces errances à l’infini, ces miroitements ou ces nuages d’ombre, cette immensité de liberté que lui a toujours offert la mer, la mer qui l’a marquée de son empreinte. Si sa mère est Suisse, son père est d’origine portugaise, et la Bretagne l’a accueillie dès ses 12 ans. Peut-on réchapper de l’empreinte du Faouët, à celle de Lorient, de Port-Louis ou des îles voisines ? C’est bien là qu’elle est devenue déterminée comme une Bretonne, décidée à suivre le chemin qu’elle avait choisi, en dépit de ses méandres.

Son parcours est celui d’une bosseuse volontaire, acceptant tous les petits métiers pour apprendre le sien. C’est à la sauvette, mais farouchement décidée, qu’elle suivra un cours d’Histoire de l’Art à Rennes, apprendra le vitrail style Tiffany, non loin de là, à Bazouges La Pérouse, reviendra suivre les cours du soir aux Beaux-Arts de la capitale Nord de Bretagne, fera un stage de vitrail dans les alentours, à Pont Scorff, chez Jean-Hugues Harbonnier. Lorsqu’ elle est admise à l’Ecole d’Art d’Arras, en 1997, une section Vitrail vient d’ouvrir, où Marie Marot-Six lui enseigne la tradition. Sonia Costa préfère-telle le cours de dessin d’Henrica Szurley, qui incite à plus de fantaisie ? Lorsqu’elle sort diplômée, en 2000, elle aime rappeler que Sylvie Girard fasait partie du jury.

Dans sa soif de liberté, elle part vers l’Ouest, arrive au Quebec, y découvre un atelier de fusing, qui lui semble la porte ouverte à l’expression libre qu’elle recherche. Fi des contraintes et de la tradition. Sa voie est ouverte.

Rentrée en France, elle s’installe au Faouet, en 2002, décidée à tracer son sillage, décidée à transformer le verre en vitraux, en tableaux, en sculptures. Elle n’a pas de four, cuit chez une amie. Son enthousiasme est convainquant. Elle réalise des vitraux pour un bar restaurant. On lui offre un travail pour des cosmétiques marins : toujours cette présence de la mer dans sa vie. Les années passent sans émousser sa volonté. Elle participera trois fois au Salon Maison et Objet, en 2008-2009. C’est alors qu’une décoratrice-galeriste de Tokyo est séduite par la poésie, la simplicité de ce travail, cette façon de transformer les choses par le fusing : Madame Yamasaki a acheté tout le stand, et commande à la créatrice quelques centaines de cadeaux d’entreprise, de ces haiku, petits poèmes japonais, destinés à une maison de cosmétiques.

En 2009, Sonia expose à l'Atelier, sélectionnée par les Ateliers d’Art de France. En 2011, elle participe à la Biennale de Langeais sur l’Art du Verre, confortée de cotoyer les souffleurs de verre Olivier Mallemouche ou Pascal Lemoine, les créateurs de pâte de verre Georges et Monique Stahl. La voici à la manifestation Eclats de Verre, à Blangy sur Bresle, près de Rouen. Partout, débordante d’ enthousiasme, et fourmillant de projets.

Avec le verre, Sonia Costa continue d’explorer la liberté qu’elle souhaitait. Avec une sensibilité toute picturale, elle réalise ses tableaux abstraits et poétiques. Elle y piège des souvenirs d’impressions vécues, y mêlant même quelque photo. Les présences se perdent, s’éloignent, insérés dans la mouvance d’une matière évoquant le frémissement de l’eau sur une plage. Tel est le chemin de Sonia Costa.